lundi 4 avril 2011

Cacahuètes, eskimos, chocolat glacés !

A ce moment là -si nous avions été dans un film des années cinquante- nous aurions eu droit à des roulements de timbales suivis de cuivres buccinants et de violons en nappes stridentes, tandis qu'en gros plan, mon visage déformé par un effarement tragique et brûlé de contraste, se serait évanoui dans un fondu au noir raide comme un couperet.

Dans un film d’auteur, les choses eurent été légèrement différentes.

Il y aurait d'abord eu le silence.
Silence troublé par le seul bruit du projecteur.
Par la respiration des acteurs.
Par la toux du public.
Par le bruit des lunettes qu'on réajuste et des mains qui glissent avec un bruit de papier craft griffé sur les jupes rigides des filles aux mains de marbre.

Puis, un interminable plan fixe aurait balafré l'écran, entrecoupé de bruits factuels d'une quotidienne banalité -destinés à nous rappeler que l’importance que l’on accorde aux choses n’est relative qu’à notre vécu et à l'expérience illusoire, étendue à l'universelle du crible trompeur de notre émotivité primale. Seuls y répondent les troubles de notre sphère proprioceptive -origine et destination de cette perception déformée de la réalité- une réalité qui, elle, reste impassible, d'une impavide crudité.
Magistrale démonstration de la pré-éminence des paradigmes du réel sur les analogons de nos affects cristallins.
(Rajouter «cruellement indifférente» serait faire preuve d’une faute de goût fatale -l’indifférence est indifférente : c’est un point indiscutable du Dogme VIII).

Aurait suivi un plan séquence trainant languissamment sa triste dépouille de cellulose gélatineuse en camaïeux gris.
Sur une plage terne.
Devant une mer de plomb.
Sous un ciel lacinié, bercé de nuages indéfinis et paresseux, déchirant leur velours tristes aux gémissements inaudibles de la mélancolie.
Enfin, serait venu la libération d'un tragique et inéluctable fondu au noir sur les robes virginales de seize vestales en partance pour la côte, ce que je ne pourrai me résoudre à les laisser être (ou ne pas être- mais telle n’était pas la question), le troisième cavalier, grimé de noir, ferait la roue sur la plage, grinçant son rire anarchique et démantibulé.

Autre film : j'éructe ma Septante-Cinq sur mes voisins hilares, victime d'une bourrade trop virile.
La porte de l’estaminet vole en lambeaux, sous le feu nourri des Uzi, sidewinders, M16 (compléter selon son désir, le tout c'est que ça justifie le budget surround).
Une extraterrestre bleue, sexy, dégoulinante de sueur jusqu'au nombril, brandit triomphalement un multipass sous mon nez en surgissant des flammes.
Son sidekick black mitraille comme un tiroir caisse ses répliques sorties de «I’m THE big star, and I’m gonna kick yer ass out : ya dig it ?- For Dummies».
Soudain, jaillit Charles Atlas sur sa Harley.
Il dézingue la môme curaçao, puis me sonne d’un bourre pif à tuer un troupeau d'éphélant.
«Mettez ça sur mon ardoise, je reviendrai» débite-t-il plein de morgue cybernétique avant de m'envoyer faire la bise à Morphée d'un second bourre pif.
Fondu au noir.

Bon alors : pour le fondu au noir je crois qu’on est d’accord coco, mais pour le reste va p't'êt' falloir te décider !

(Musique : PROCOL HARUM - Une Plus Blanche Tonalité De Pâleur ).

12 commentaires:

  1. Moi aussi j'ai beaucoup aimé "Le cinquième élément" avec Milla Jovovich et son multipass.

    Sinon : "Magistrale démonstration de la pré-éminence des paradigmes du réel sur les analogons de nos affects cristallins." Est-ce une allusion à Fukushima ou pas ? ;)

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  2. Fukushima, n'est-ce pas la promesse d'un avenir radieux comme un cristal de cendre ? ;)

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  3. ça fait du bruit les lunettes qu'on réajuste ?!

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  4. Les grosses lunettes à monture de chélonien dont les écailles brunes crisssssent sur les cheveux gras et dont les articulations cliquettent comme des serrures de ceintures de chasteté ?
    Ouiii ça fait du bruit ! XD

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  5. Un pouet ?
    Un "pouet" c'est pas un truc qu'on accroche sur le côté de sa voiture pour faire fuir les vaches et les moutons qui envahissent la route ?
    Le principe étant que le "pouet", pour être efficace, doit se trouver à mi hauteur entre les oreilles des moutons et les oreilles des vaches, soit à la hauteur précise où est sensé se trouver l'orifice défécatoire chez l'espèce humaine.
    D'où le dicton populaire : "il ne faut jamais poueter plus haut que sa poche de jean taille basse, et encore moins que sa ficelle de string".
    Les paysans pensant rarement à mettre un jean taille basse ou un string pour aller au champ, ont oubliés depuis cet exemple magistral ainsi que seule sait nous l'offrir la sagesse populaire.
    Tout se perd ma pauvre dame...

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  6. ...le string étant, tout le monde le sait, le seul instrument à vent à une corde.

    Contente de de voir de retour :)

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  7. Donc, la trompette marine serait-elle l'ancêtre du string ?

    Je croyais que le surnom du string était "Le fil à couper les vents"... (poésie matinale).

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  8. Il n'y aurait pas comme une antinomie (surnom-bre) avec le string (1 seul fil ?) ?
    Je connaissais l'expression "le fil dentaire" ou, plus au bord de la rupture (L'unité tendrait plus à rompre, non ?)... "le fil à couper le beurre (avec un glissement sémantique vers la "motte"...). Qu'on me rassure, cette expression existe ???
    Comme ancêtre, la "birimbao", peut être ? Copacabana n'est-il pas un vivier (dur, dur, ce midi...) pour les aficionados de cet accessoire ?

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  9. Le fil à couper la motte est un instrument interdit par la Convention de Genève en raison du trop grand nombre d'accident de taupe.
    Pleurons sur le sort de ces pauvres et douces petites bêtes sauvagement mutilées par ce barbare ustensile...

    Le brésilien serait-il l'ancêtre du string ?

    Les fouilles récentes sur la plage de Copacabana ont mis à jour, parmi tout un attirail préhistorique (tube de liniment, préservatifs goût coco, I-Pods), des traces de ce que devait être ce paléo-string.

    Le beber-y-bimbo (improprement appelé "berimbau" par les béotiens) se tendait entre la troisième et la cinquième lombaire.
    On en jouait avec les dents, les soirs de pleine lune, en l'accompagnant de chants à Elegua et de rasades de cachaça.
    La légende prétends que Jimi Hendricks aurait commis ce sacrilège d'en jouer un soir avec la langue, avant de l'arroser copieusement d'huile de monoï et d'y mettre le feu. Aucune preuve n'a été retrouvé accréditant la véracité de cette histoire.

    Le "beber-y-bimbo" tire son nom d'un rituel très complexe, au cours duquel il fallait soigneusement imbiber une accorte baigneuse de Malibu banane tout en l'abreuvant de discours graisseux comme des promesses de producteur de film des années 80 avant de pouvoir accéder à l'instrument.

    Sans cette préparation préalable, l'instrumentiste se serait exposé aux terribles "coups de cornes de bimbo". Corne dont tout un chacun sait qu'elles les portent aux talons -même à la plage- et nomment en leur étrange langage, "Louboutines".

    La chanson somewhere over the bimbo serait un témoignage tardif de ces pratiques ancestrales.

    Mes recherches personnelles ont abouties à une stupéfiante découverte : lors des fenaisons, on peut apercevoir de jeunes primitives trimer aux tracteurs munies de brésiliens !
    Je n'ai osé remplacer la cachaça par des marquisettes de la gnôle de coing et de la bière de supermarché pour vérifier jusqu'au bout ce qu'il restait de la tradition originelle.
    Ainsi au fin-fond du fond des trous perdus de la France profonde (je crois qu'on a vaguement compris l'idée là) survivent des coutumes venues du lointain Brésil...

    (Pfff... ben voilà... Israel Kamakawiwo'ole m'a encore collé les poils des bras au garde à vous ! ).

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  10. Ahhhh mais ch'echt encor'euplein de fôhtes !
    Mais que fait le propriétaire des lieux : il pourrait se relire avant de poster ! XD

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  11. Pitié !!! N'en jetez plus... Je me pose la question de ce qui m'a pris de proposer ce paradoxe au pheu (feu, je sais, mais ça rompt le parallélisme, peut être) prégnant de ta parabole...
    Ça m'apprendra à jouer avec plus fort que moi !
    Accorde-moi un répit suite à cette poilade trépidante : j'en perds pied et je pleure de rire !

    Oui, effectivement, ça colle,et je suis au garde-à-vous !

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