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mardi 11 septembre 2012

Dodalie ?


Plus une évidence nous est éclatante, plus de nous exploser au nez, le risque en est patent –de rire de préférence– mais verrez en son temps, qu’à la sotte certitude succède l’égarement.
L’histoire ici bas en est l’illustration.


D’un volatile curieux, je gâtais le penchant
En papouilles familières et en câlineries.
Si certains icelieu trouvaient le geste touchant,
De grotesque ou d’obscène d’autres de le honnir,
Qui de ces animaux au corps bedonnant
Ne voyaient autre chose que l’absurde folie,
Imaginant la scène : ne pouvant qu’en frémir.

J’en étais donc perplexe, à chercher quelle source
Abondait les émeus en ces règles que, serviles,
Ils allaient, tel troupeau aveuglé en sa course,
Suivre, et avec eux, de tous lier à leurs crimes.
Posant en prophéties leurs pompeux babils,
Ainsi que ces banquiers enivrés de la bourse
Dont le seul horizon est celui de l’abîme.

"Mais alors" –demandais-je– "de qui viennent les règles ?"
Cet œil redouté, goguenard et cruel,
Au tréfonds de mon âme scruta et retourna.
Et hors qu’à son silence j’eus préféré le glas,
Resta sans me répondre.

C’est un temps infini que celui du silence,
Un temps à craqueler le fil de la conscience,
Fort comme l'eau de vie et le fromage rance
Face au dodo dont l’œil darde d'outrecuidance.
"Alors tu vas la pondre?"

"Pondre quoi ?" –m’exclamais-je– tout comme hébété.
A ces mots le dodo se remet à caqueter.
Celui-ci de me dire qu’il me trouve touchant
A poser ces questions, voire : attendrissant,

Car la question même était dans la réponse,
Inscrite plus sûrement que dans de la pierre ponce.
Dit-il, une fois de plus rigolard volatile...
Je tiens à ce moment de préciser encore,
Qu’aux pierres et aux cailloux, je ne veux nulle tord,
Et que si à l’image c’est de tuf ou de ponce,
Ce n’est là qu’une image, et rien que je dénonce.
Et s’il se fut trouvé éponge présentement
Propre à porter ces mots sans faillir d’une once.
Que je me fus confié à elle modestement.

(à suivre…ici même).

mardi 19 avril 2011

Des émeus et des hommes

Tout me semblait de plus en plus confus.
J'avais l'impression d'être un électron projeté de part et d’autre sans pouvoir trouver ne serais-ce qu'une milliseconde de stabilité.
Soudain, une question -claire, simple, évidente- perça dans ce brouillard.

Et les émeus dans tout ça ?

A nouveau, tout se figea dans la salle.
Les serpentins multicolores et les confettis goût banane tombaient au ralenti.
Les dernières langues de belle-mère couinèrent timidement.
Un ballon de baudruche termina de se dégonfler dans une débauche de bruits grotesques.

Quelque part, le goutte-à-goutte d’un tonneau épuisé au fond de la gorge d’un piaf étendu dans les affres de la béatitude alcoolique marquait l’écoulement du silence.

Les émeus…

Mon interlocuteur, me toisa, comme un gâte-fête.

Les émeus… puisqu’il faut en parler : parlons en.

Il troqua ses frusques pour une robe noire à col blanc, un calot à coins carrés et une écharpe de soie noire, son monocle toujours perché haut sur l’œil.

Emeu...
Il me jeta un profond regard, qui me fit ressentir toute la non-pertinence de ma question.
Emeu ou Emou, du latin Eeeeeeeeeme !
(A ce mot, des jacassements railleurs se firent entendre de partout).

L’émeu est un oiseau coureur originaire des Moluques. Ce struthioniforme dromaiidé, pourvu d’ailes vestigiales et incapable de voler, vit en petites bandes dans les grandes plaines australes, se nourrisss…

STOOOOOOP !

(Nouveau silence)

Je n’en ai rien à f... de ce que sont les émeus : ce que je veux savoir c’est ce qu’ils viennent faire dans tout ce cirque !

Bien
(un œil noir de suffisance me fit comprendre qu’il serait mal avisé de l’interrompre encore)
, j’y viens.
Si nous, les Dodos, sommes les grands désorganisateurs du chaos ambiant, les émeus, eux, sont les emmerdifiques ordonnateurs célestes, ceux qui ne rêvent que d’imposer l’ordre, la rigueur, la droiture et la règle en toute chose.


Et cela est mal ?
Risquai-je.
Mais bien sûr que cela est mal ! Si le monde n’était qu’émeu il ne serait plus que de pierre !

J’étais attentif comme un acteur devant un metteur en scène.

(à suivre...)

(Musique : Catherine Buisson - Waouh ma mère, céptipas possible comme je vais brûler les planches! ).

jeudi 2 décembre 2010

dénouement : deuxième.

Vous êtes vous déjà demandé ce que ressent une vitrine au moment où elle se prend un pavé ?
Oui ?
Ce n’est rien à côté de la dissonance bigarrée aux senteurs de barbe à papa et de patchouli qui déboula sur des ronflements de cuivres triomphants dignes d’un John Philip Sousa.

Eeeeemmme ?

L’œil dans le ciel cligna encore une fois d’incompréhension puis de colère et de peur avant de s’effondrer dans le néant en pluie de confettis saveur banane.

- Tire toi d’là que j’m’y mette emplumé mondain ! Cacochyme fentascouss’ grisâtre ! A force de serrer les fesses vous faites des œufs en poudre ! Emeux d'mes deux gonades !

Emeux ?

Tandis qu’éclataient des crackers partout à l’entour je reconsidérai ébahi, ma situation.
J’étais assis dans un trône en guimauve, un merlan séché d’une main, un éventail au portrait de Alfred E. Neumann de l’autre.
J’étais nu, avec pour seuls vêtements, une toque en peau de beloutre et un pagne à tentacules qui semblait avoir conservé toute sa motricité et son penchant pour l'exploration cavernicole.

Un joyeux bordel sévissait autour de moi, mais ce qui me stupéfiait le plus était mon interlocuteur. C’était un volatile court sur pattes, à l’œil goguenard, pourvu d’une ridicule touffe de plumes aux couleurs vives en guise de queue et au bec courtaud peint comme une banderole de travaux public.

- Ben alors, faut s’remettre gars c’est pas tous les jours gromanche !

Il y en avait de toutes part, tous à aucun pareil.

- Un dodo ? hoquetais-je, incrédule.

Pour toute réponse, il tira de son haut de forme un barreau de chaise qu'il alluma au feu de mon merlan, ajusta ses lorgnons puis sa redingote et récita d’une voix docte : (à suivre…)

(Musique : John Philip Sousa : Liberty bell March ).

mardi 30 novembre 2010

Stase

(il ne restait que l'obscurité infinie, concrète, palpable et la peur de s'arrêter de penser...).

...On a du mal à penser l’arrêt de sa pensée.
Elle est ce fil en apparence ininterrompu qui nous fait croire nos heures infinies. La mort est une chose impensable comme l’infini nous est inconcevable.

Elle, c’est par sa finitude qu’elle nous est impossible à intérioriser.

Ironie des choses qui nous placent le cul entre deux chaises : nous qui nous projetons plus qu’aucun autre être dans nos futurs et nos passés sommes incapables de nous conscientiser sans suite.

Est-ce parce que –même si nous sommes par instant capable de nous accepter finissants– nous sommes incapables de nous approprier la fin de toutes pensées, de nous mettre en l’état de nous comprendre de tout corps et âme morts, de percevoir cette représentation d’un soi sans soi : la clôture de notre être conscient ?

Nous sommes des êtres de l’après –toujours– et c’est par cet après que nous comprenons les creux de l’instant -nous ne percevons notre sommeil que parce qu’au matin nous nous réveillons.

Essayez d’imaginer ce gouffre de chaque soir où notre pensée consciente n’est plus, et essayez de l’imaginer sans la douceur du réveil. Projetez vous au sein du vous sans conscience. Ce moment de non-nous se révèle alors comme un gouffre effrayant.
Prendre ainsi conscience que chaque nuit nous répétons ce grands silence qui sera l’aboutissement de nos jours : un lever de rideau sans nous ?

La matière se prolonge bien dans les cycles de transformation ininterrompus -même la fission nucléaire n’est pas une destruction définitive de la matière mais juste un passage d’un état à un autre état. Mais l’esprit ?

Comme j’aimerais le croire -en ce moment- se transmutant de la même manière.
Mais alors que mon esprit hurle à le vouloir, ma raison me le refuse objectivement et me renvoie à cette fin sans proposer d'alternative que le néant.

(Au fond de cette filandreuse noirceur une lueur avait palpité...)
La vérité est dans la poussière sous tes reins, mais tu bouges tu vas en mettre partout ).

jeudi 11 novembre 2010

Un autre fragment ?

(Qui a mis le couvert ?)
Des murs blancs crayeux, vierges de porte, de fenêtre, ajourés d’ouvertures nues
De tout côtés une plaine d'herbes aux reflets métalliques qui se perd à l'horizon sous un ciel bleu océan
Table blanche laquée peinte et re-repeinte
Napperon de dentelles vermillon
Plat blanc où palpite un fruit sombre
(Quel est ce temps ?).


(images troubles comme une eau turbide/fondu au gris)

(Fond sonore : Léo Ferré/Arthur Rimbaud "Une Saison en Enfer"/ "Délires II").