A ce stade, il m’est nécessaire de faire le point sur certains éléments qui peuvent paraître obscurs pour nous autres béotiens de l’ordre universel des choses, mais sont d’une clarté de nacre pour le moindre oisillon encor'becquetant.
A cette fin, je vais remonter quelques minutes en arrière.
[...]quelques minutes plus tôt[...]
Dans un grand battement de plumes tièdes, mon interlocuteur s’exclama : Mais bien sûr que cela est mal ! Si le monde n’était qu’émeu il ne serait plus que de pierre !
On peut comprendre ma perplexité à cette saillie.
Je peux conjecturer sans trop me tromper, que vous autres restâtes interloqués, l’esprit confus, perdu dans les affres de la consternation sémiologique.
Je me devais de faire cet aparté : je vous le devais –à vous– fidèles comme l’omnibus l’est au chronomètre, la Vénus à Milou et le quetzal à l’infusion de Peyotl brûlante avec du miel et des crackers.
Alors, cessons donc de tourner autour du sujet comme des pintades affolées et affrontons cette difficile question : qu’est-ce qu’une pierre ?
La pierre est un objet de matières, tailles et couleurs variables, dont la principale constante est de faire mal quand on la reçoit en pleine face ou qu’elle se glisse sous vôtre sac de couchage, juste là, au milieu du dos.
Même la plus petite –en apparence insignifiante et inoffensive– peut, en moins de temps qu’il le faut pour dire «ouille!» se changer en un redoutable bourreau pour peu qu’elle vienne se loger dans l'innocence humide de votre pupille, ou qu'elle s’invite subrepticement avec quelques amies dans un préservatif, un soir sur une plage chaude sentant bon le tiaré et la goyave.
Il est évident que sous son air de ne pas y toucher, la pierre est un être potentiellement nuisible, aux qualités sociales largement surévaluées.
La pierre a su conquérir l’homme par sa docilité à rester carrée une fois taillée. Il faut dire que le carré sied à la pierre : c’est presque sa seconde nature.
C’est ainsi que la pierre et le carré partagent un même ensemble de vertus symboliques, parmi celles-ci : la constance, la fiabilité, l’immuabilité, le Code Napoléon et le livret A.
Cela n’est que la pointe de l’iceberg (si tant est que l’on puisse parler d’iceberg, car comme vous l’avez sûrement expérimenté par vous-même, un iceberg même en granit tout léger, coule. Preuve –s’il en fallait une– que la pierre est infiniment inférieure à l’œuf au plat pour ce qui est de sa capacité d’adaptation aux milieux aqueux).
La pierre est naturellement douée pour foirer tous les bons plans.
Pour preuve, le grand charcutier lui-même ne dit-il pas à un de ses apôtres : Pierre tu es pierre, et sur cette pierre je bâtirai un Novotel avec bar piscine discothèque et jacuzzis parfumés à la rose de Damas, et tous les vendredi soirs les tapas seront gratos pourvu qu’on se pointe muni d’un sombrero et d’un orchestre de mariachi en strings.
Pierre était un peu sourdingue et timide.
Disons le franchement : il était carrément bouché à l'émeri.
Pierre nota à la va vite les bribes de ce qu’il avait saisi.
On sait où ça nous mena.
Alors que j’aurais tant aimé des calamars épicés à l’encre et un grand verre de… ...
Mais je m’égare.
Ce qui compte c'est que j’avais toutes les raisons d’avoir des prévenances contre les pierres, et qu'à ce mot, je me mis à boire les paroles de mon duveteux orateur avec la plus grande attention.
(Musique : Fujiya & Miyagi - De la vanille des fraises et une culotte de bière bien glacée SVP ).