mardi 25 janvier 2011

dénouement : troisième - des dodos et des hommes

A peu, on se serait cru en plein cour magistral à Oxford.

Dodo, Dinornis, piaf fendard, la plus belle chose de la création, voire Dronte !
Il promena un œil sévère, globuleux, le monocle haut comme pour juger de l'effet que ce dernier mot avait eu sur l'assistance. Il répéta avec emphase :
Drooôoonte !
Tous les emplumés mondains marquèrent une pause solennelle, puis l'orgie craquètante, caquetante et clabaudante explosa de plus belle.

Satisfait, il continua :
Ce nom masculin, dérivé d'un mot indigène des îles Maurice, désigne un genre d'oiseau coureur de la famille des raphidés et affidés dite dididés !
Cette famille, dont des représentants vivaient encore au dix-septième siècle sur les îles Mascareignes, est aujourd'hui éteinte.
Eteinte ? Foutrebranche ! Je t'en collerai moi des formes éteintes !


Profitant de sa distraction, un congénère en perruque blonde et courte veste à brandebourgs sauta sur mes genoux, tout tirant des trilles sauvage d'un kazoo en fer blanc, les yeux exorbités.
Pendant quelques secondes ce fut un déluge de coups de chapeaux, de plumes volantes et de trilles aux turluttes moqueuses, avant que -d’un impeccable Fosbury-Flop- l’énergumène ne happe mon merlan et ne détale en trombe.
Mon interlocuteur enchaina.

Selon l’encyclopède, l'espèce type du genre est le didus ineptus, vulgairement appelée dodo !
Découvert par des marins hollandais en quinze-cent-cinquante-huit, ce gros zoizeau, marrrrchant mal...
(trois drontes passèrent d'un pas martial, avant de s'effondrer en tas informe) marchant mal, et incapable de voler, fut anéanti !
(Des gloussements moqueurs fusèrent dans l’assistance).
Je peinais à comprendre où cet oiseau dodu voulait en venir...
(à suivre sous peu…)

(Musique : The Rivingtons - Papa Oom Mow Mow ).

jeudi 2 décembre 2010

dénouement : deuxième.

Vous êtes vous déjà demandé ce que ressent une vitrine au moment où elle se prend un pavé ?
Oui ?
Ce n’est rien à côté de la dissonance bigarrée aux senteurs de barbe à papa et de patchouli qui déboula sur des ronflements de cuivres triomphants dignes d’un John Philip Sousa.

Eeeeemmme ?

L’œil dans le ciel cligna encore une fois d’incompréhension puis de colère et de peur avant de s’effondrer dans le néant en pluie de confettis saveur banane.

- Tire toi d’là que j’m’y mette emplumé mondain ! Cacochyme fentascouss’ grisâtre ! A force de serrer les fesses vous faites des œufs en poudre ! Emeux d'mes deux gonades !

Emeux ?

Tandis qu’éclataient des crackers partout à l’entour je reconsidérai ébahi, ma situation.
J’étais assis dans un trône en guimauve, un merlan séché d’une main, un éventail au portrait de Alfred E. Neumann de l’autre.
J’étais nu, avec pour seuls vêtements, une toque en peau de beloutre et un pagne à tentacules qui semblait avoir conservé toute sa motricité et son penchant pour l'exploration cavernicole.

Un joyeux bordel sévissait autour de moi, mais ce qui me stupéfiait le plus était mon interlocuteur. C’était un volatile court sur pattes, à l’œil goguenard, pourvu d’une ridicule touffe de plumes aux couleurs vives en guise de queue et au bec courtaud peint comme une banderole de travaux public.

- Ben alors, faut s’remettre gars c’est pas tous les jours gromanche !

Il y en avait de toutes part, tous à aucun pareil.

- Un dodo ? hoquetais-je, incrédule.

Pour toute réponse, il tira de son haut de forme un barreau de chaise qu'il alluma au feu de mon merlan, ajusta ses lorgnons puis sa redingote et récita d’une voix docte : (à suivre…)

(Musique : John Philip Sousa : Liberty bell March ).

mercredi 1 décembre 2010

dénouement : première.

(Une lumière ?)

Un seul point de lumière dans l’obscurité suffit à peupler notre conscience.

Des masses énormes me frôlaient sans que je les distingue, les éons se déchiraient sous mes sens comme si toutes ces mémoires passées, présentes et futures n'étaient que fétus.

Le réel ne semblait avoir d’intensité mesurable dans le monde de la raison.
Une résille bleu pâle colonisait le fond du ciel, m’aspirait.
Cet abîme palpitant était un œil aux dimensions incommensurables : un œil bleu métallique dont les frange se perdaient dans le néant.

Il y eu ce son grêle tandis que ma conscience basculait dans sa pupille.

Eeeeeme ?

Retour dans la pièce éblouissante.
Le ciel au dehors est d’un résiné sombre. Au zénith palpite un œil rose au cœur noir. Y a-t-il jamais eu un plafond et des murs ici ?
Dans une prairie de neige, d'étranges herbes albinos aux panaches blancs se balancent en rythme. Une pulsation fibrilleuse agite leurs longues tiges creuses gorgées de sève : rouge/rose, rouge/rose…
Je m'enlise à chaque pas dans une fange indescriptible. Les herbes sous mes mains se brisent et souillent leur panaches d’un carminé obscène qui empoisse l'air de son odeur saline.
Battu par des vagues de poix où surnagent les panaches brisés, je contemple l'orbite éteinte du soleil dans un ciel de braise.

Eeeeeme ?

(Bruits de pattes de poulet ?)

Dans l’immensité la pupille s’étrécit à en broyer l'espace temps.

Je vis au milieu d’un désert éblouissant une nef de pierre intemporelle.
Une marée de plumes grises déferlant dans un cancan démoniaque à perte d’horizon.
Martèlement sauvage des pattes de poulet.
Odieuse amphigouri de becs et de plumes mêlés en orgie caquetante.
Le soleil est anthropophage.

Calme obscurité.
Battement d'une paupière aussi grande qu'une galaxie sur un œil abscons.

Eeeeme ?

(…) (Parce que l'on n'est jamais à l'abri d'un bon vieil Instamatic musical : Crues Roses - La haie Cause ? (meuh nan c'est le vent !) ).

mardi 30 novembre 2010

Stase

(il ne restait que l'obscurité infinie, concrète, palpable et la peur de s'arrêter de penser...).

...On a du mal à penser l’arrêt de sa pensée.
Elle est ce fil en apparence ininterrompu qui nous fait croire nos heures infinies. La mort est une chose impensable comme l’infini nous est inconcevable.

Elle, c’est par sa finitude qu’elle nous est impossible à intérioriser.

Ironie des choses qui nous placent le cul entre deux chaises : nous qui nous projetons plus qu’aucun autre être dans nos futurs et nos passés sommes incapables de nous conscientiser sans suite.

Est-ce parce que –même si nous sommes par instant capable de nous accepter finissants– nous sommes incapables de nous approprier la fin de toutes pensées, de nous mettre en l’état de nous comprendre de tout corps et âme morts, de percevoir cette représentation d’un soi sans soi : la clôture de notre être conscient ?

Nous sommes des êtres de l’après –toujours– et c’est par cet après que nous comprenons les creux de l’instant -nous ne percevons notre sommeil que parce qu’au matin nous nous réveillons.

Essayez d’imaginer ce gouffre de chaque soir où notre pensée consciente n’est plus, et essayez de l’imaginer sans la douceur du réveil. Projetez vous au sein du vous sans conscience. Ce moment de non-nous se révèle alors comme un gouffre effrayant.
Prendre ainsi conscience que chaque nuit nous répétons ce grands silence qui sera l’aboutissement de nos jours : un lever de rideau sans nous ?

La matière se prolonge bien dans les cycles de transformation ininterrompus -même la fission nucléaire n’est pas une destruction définitive de la matière mais juste un passage d’un état à un autre état. Mais l’esprit ?

Comme j’aimerais le croire -en ce moment- se transmutant de la même manière.
Mais alors que mon esprit hurle à le vouloir, ma raison me le refuse objectivement et me renvoie à cette fin sans proposer d'alternative que le néant.

(Au fond de cette filandreuse noirceur une lueur avait palpité...)
La vérité est dans la poussière sous tes reins, mais tu bouges tu vas en mettre partout ).

vendredi 19 novembre 2010

Fragment d'écorce

(Retour à la pièce blanche).
Une grenade ? Je m’apprêtais à consommer une grenade ?
(Fruit d'alcôve ? pourquoi ces mots ?).

Je la détaillais longuement.
Son écorce était ferme au toucher.
Je la fis tourner lentement dans ma main, goûtant de sa surface la suave et caressante rugosité -pour la sentir pleine, réelle.
Mes doigts coururent par les creux et les bosses de sa peau.
Les saillies du fruit faisaient songer à des côtes sous une peau satinée et tendue.

Je savourais les jeux de la lumière sur ses reliefs, la délicate sophistication des couleurs : jaune orangé, rouge écarlate, rose bonbon tirant au fuschia tendrement iridescents ainsi que les joues d'une femme durant l'amour.
Je songeais à la curieuse opposition de la callosité et de la pulpe qui, sous l'enveloppe gravide, attendait qu'on la dévore ; cette écorce grêlée, cette queue tranchée comme un tronc de palmier, et ce volcan pileux aux lèvres racornies qui s’ouvrait en rosette sombre et farouche.

Que de heurts pour cette petite lune de saveur avant que d'atterrir dans ma main.

Le moment était venu.
J’ouvris mon couteau, éprouvais une dernière fois de la main la résistance du fruit. Comme à regret, je plaçai la lame entre deux côtes et appuyai.
La peau céda. Il y eut un bruit discret de déchirure alors que l'écorce se fendait et que la chair s'écartait sous la lame. Immédiatement, une odeur douce -mi-acide/mi métallique- me titilla les papilles, tandis que perlait son jus rouge-rosé.
L’incision hurlait d’une saveur battante.
J’achevais de trancher le fruit en deux moitiés égales dans des craquements de côtes, découvrant le cœur amarante constellé de liquides sucrés.

Il fallait maintenant dépecer méthodiquement les quartiers, les extirper un par un de leurs compartiments étanches, les libérer de l'écorce épaisse et de cette fine crépine parcourue de veinules amères.

Détacher du bout des dents un premier contingent de grains pulpeux.
Vague après vague, les petites vésicules allaient et venaient, éclataient en rafales sous la langue qui les roulait, les plaquait en grenaille de feu d'artifice.
(goût du sang/tout devenais si sombre...).

dimanche 14 novembre 2010

Fragments d'étincelles

Il y eut un son.
La réalité reprenait corps peu à peu.

Corps...

Sons et images composaient une mélodie qui se voulait rester incompréhensible.
Comment ramener ces images au réel sans les perdre ?
Des millions de confettis blancs et noirs en bataille.
Un appel ?

"It was September harmful logic
It was September/this is attack music."

Comme un électrochoc les images se ruèrent derrière les paroles à emplir tout l'espace.
Non, ce n'étais pas encore la réalité.
Mais ma mémoire avait pris pieds en terrain connu.
I slipped in the stream and thence was my body : bodies...

vendredi 12 novembre 2010

Fragment pyjama ?

La lumière est un voile blanc.
Gwoka craché par des sonos à bout de souffle.
Odeurs en vague puissantes : de sel, bois musqué, cannelle, chocolat bouillant, de croissants chaud-défournés.
Ça rit beaucoup, parle fort, rit encore.
"Ça ka alé ? Ou dous Kon Lapin ka mangé légim la !"
(Je connais cet endroit mais quel en est le sens? )


(Balancement binaural : Marie Jo Alié & Malavoi "Caresse Mwen" ).

jeudi 11 novembre 2010

Un autre fragment ?

(Qui a mis le couvert ?)
Des murs blancs crayeux, vierges de porte, de fenêtre, ajourés d’ouvertures nues
De tout côtés une plaine d'herbes aux reflets métalliques qui se perd à l'horizon sous un ciel bleu océan
Table blanche laquée peinte et re-repeinte
Napperon de dentelles vermillon
Plat blanc où palpite un fruit sombre
(Quel est ce temps ?).


(images troubles comme une eau turbide/fondu au gris)

(Fond sonore : Léo Ferré/Arthur Rimbaud "Une Saison en Enfer"/ "Délires II").